Rencontre avec le vrai Baron

3/11/09 12:07
Demain sortira dans les salles un film belge dont on entend beaucoup parler : Les Barons.  

 

Comment ça, « C’est quoi Les Barons » ? Bon, je vous explique ça brièvement. Dès le début, le décor est planté par Hassan, le personnage principal : « Pour être un baron, dans la vie, il faut être le moins actif possible, parce que chaque être humain naît avec un crédit de pas et chaque pas épuise ton crédit. C’est ce qui nous différencie du reste du monde : c’est que nous, les barons, on le sait dès le départ. Le baron le plus ambitieux, c’est moi, Hassan. Mon rêve c’est de faire rire. Mais “blagueur“, pour mon père, c’est pas un métier, c’est pas comme chauffeur de bus, un vrai métier, un métier avec des fiches de paie. Mounir, il voudrait qu’on reste des barons, à vie. Ce qui ne colle pas avec mon but. Parce que pour réussir, il faut quitter le quartier, mais on ne quitte pas le quartier, on s’en évade. Et pour s’évader, il faut courir, et quand on court, on n’est plus un baron».

Vendredi, 16h28. Je sors du 92 et la pluie m’accueille. Je jette vite fait un coup d’œil derrière moi, histoire de m’assurer d’être du bon côté de la rue et je vois que mon tram était paré de l’affiche du film : « Les Barons kiffent la STIB, la STIB kiffe les Barons » était-il écrit. Je vais vous dire quelque chose : moi aussi je kiffe les Barons. Ayant donc ri comme une poule lors du visionnage, je me devais de rencontrer pour vous le vrai Baron, celui qui est derrière la caméra : Nabil Ben Yadir.

Il me reçoit décontracté mais je ne peux m’empêcher d’avoir une once d’admiration pour LE Baron, le vrai de vrai. Parti d’une blague entre amis, ce délire s’est ensuite éparpillé dans Bruxelles et aujourd’hui, Nabil en fait un film, y ajoutant des bribes de sa vie ou de celle de ses proches. Et pourtant, si plus jeune, on lui avait dit qu’un jour, il mettrait en scène, il n’y aurait pas cru une seconde : « J’étais un vrai baron. « Rêver, c’est créer », je ne m’en suis rendu compte qu’après, pas à l’école. Ce qui est intéressant aussi dans cette séquence (de flashback à l’école, ndlr), c’est qu’au-delà de son aspect drôle et ludique, il y a un fond très dur. Ils passent de l’école au chômage, ce qui arrive très souvent. C’est mis en filigrane, les gens ne le voient pas directement. Et puis, Aziz qui voulait faire du dessin et qui se retrouve en couture-cuisine etc., c’est moi : c’est mon cas à moi. Le fond est très noir mais voilà : si les Barons ne se plaignent pas, personne ne doit se plaindre ».

Car si dans le film, on rit du début à la fin, on peut parfois se sentir subitement surpris, presque choqués. Mais « mieux vaut rire que pleurer » et on finit donc toujours par jouer des zygomatiques. Un tour de magie que Nabil maîtrise à la perfection : « C’est un hymne contre le formatage. C’est-à-dire que quand tu es dans une comédie un peu française, « franchouillarde » : ça doit rire de A à Z et il n’y a pas de fond, c’est limite gratuit… Et quand ça doit pleurer : il n’y a rien. Je veux dire : notre vie, ce n’est ni une comédie, ni un drame. Je raconte des chroniques, des histoires toutes parallèles les unes aux autres qui se rejoignent à un moment donné et ça, c’est les Barons. Ca rit, ça pleure. C’est la vie. Et n’ayant pas fait d’école du cinéma, j’ai cette liberté de ne pas rester bloqué par des codes, des références ».

En effet, il ne vous dira pas que ses maîtres sont Godard ou encore Truffaut. Lui, il a grandi avec des films populaires de Gérard Oury, ces comédies avec Louis de Funès en premier rôle, sans oublier la culture Bollywood de papa-maman : « J’ai cette force de ne pas avoir un mentor, un père spirituel dans le cinéma ».

Ce qui ne l’a absolument pas empêché d’acquérir une technique des plus remarquables : Nabil excelle dans l’art de faire parler sa caméra autant que ses personnages ! « C’est un plaisir de filmer pour moi! Il faut t’amuser ! Peut-être que ce n’est pas le cas des autres parce qu’il y a plein de contraintes financières par exemple. Je veux que ça soit bien. Quand les mecs sortent du bureau de pointage comme des winners, c’est drôle. J’essaie de les filmer, de les rendre beaux dans le sens esthétique du film. Parce que ras-le-bol de ces films qui, à chaque fois qu’ils se déroulent à Bruxelles, c’est gris. Il faut un peu de soleil et d’esthétique. Ce n’est pas insultant l’esthétique ! Certaines personnes disent ‘Non l’important, ce n’est pas ça, c’est le fond’ mais non : il y a le fond et la forme. Le but, c’était vraiment de s’amuser et de ne pas se prendre la tête. Bon, c’était pas non plus une cour de récré, c’était très carré etc. Mais l’idée, c’est de dire : ‘Voilà, tu as une caméra et tu en fais ce que tu veux !’. Sauf que les gens, quand tu leur dis ça, ils sont très ‘Ah mais non, on peut pas ! On ne peut pas faire ce qu’on veut, c’est du cinéma’ ».

Justement : Nabil, lui, il nous fait son cinéma ! Il enchaîne les blagues dans son scénario et se joue des clichés en nous offrant ce 1er long-métrage baignant dans la culture arabe certes, mais le tout saupoudré d’une bonne louche de belgian-attitude : « Pour moi, il y a une touche belge, un vrai fond de film bruxellois avec tout le mélange que cela peut comporter. Je dirais même que c’est pas du tout marocain. Je suis marocain d’origine mais pour moi, c’est ça la culture bruxelloise : le mélange. D’ailleurs, quand les parents sont dans leur salon, ils mangent un rôti et non un couscous ! On ne voit pas du thé et des cornes de gazelle à tout va ! »

A noter également : la participation d’Edouard Baer et Virginie Efira. Cette dernière courait à l’époque les castings avec Nabil. Ils étaient alors âgés de 16 ans : « J’étais dans une espèce de soirée privée en France. Je préparais le film. Puis je l’ai vue et on s’est retrouvés. Le jour où elle a tourné la séquence des Barons, le lendemain, elle présentait la finale de la Nouvelle Star ! Elle a vraiment donné du temps alors qu’elle pouvait se permettre de refuser. Elle est venue gratuitement pour le bonheur et pour l’amour du scénario ». Au générique de fin figurent également Bouga, le chanteur de Belsunce Breakdown, Fellag ou encore Imhotep et Arno pour la bande originale. 

Avec autant de cordes à son arc, le succès ne pourrait que venir frapper à sa porte ! Mais cela ne l’effraie-t-il pas ? « Moi, je ne comprends pas les gens qui ont peur du succès ! C’est un problème de riches le succès ! Or, je ne le suis pas. Alors, revenons à l’essentiel : il n’y a pas à avoir peur de ça, non. Mes pieds sont bien sur terre puisque j’habite toujours Molenbeek donc… Cependant, l’opposé ne m’effraie pas non plus. »

En tout cas, chez MSN Starlounge, on prédit aux Barons une renommée aussi grande que celle de Dikkenek, qui avait même réussi à séduire nos amis les Français ! D’ailleurs, qui sait ? Si les spectateurs sont au rendez-vous, on pourrait bien voir apparaître sur nos écrans les Baronnes : « J’ai plusieurs projets en cours. Mais je ne ferai pas Les Barons 2. S’il y a un sujet en rapport avec le film que je devrais faire et qui me travaille un peu, c’est peut-être Les Baronnes : raconter l’histoire un peu plus au féminin, ce serait encore très intéressant, dans le même ton que Les Barons. Sinon, j’ai d’autres projets qui se feront ici, en France et au Maroc. Ca reste des longs-métrages. Et il y aura toujours ce ton de la comédie auquel on ne s’y attend pas ».

Alors pour déguster ce mélange de saveurs, explosif, piquant, parfois doux, mais jamais très amer, rendez-vous dans les salles ce mercredi 4 novembre. « Une comédie 100% Hallal ! Enfin peut-être 95%. », se félicite Nabil Ben Yadir. Cultissime, on vous dit !

 

Alison Piron - Starlounge.com
Photos: Les Barons Officiel


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